Bureau de Garnier fermé

Bureau dos d’âne de Garnier

Le bureau est galbé toutes faces et présente sur toutes ses faces une marqueterie de bois de bout sur fond de chevrons de satiné. Cette marqueterie représente des branchages fleuris en ceinture, sur l’arrière et sur les côtés. Le dessus et l’abattant sont centrés de cartouches mouvementés en bois de violette accueillant des oiseaux perchés sur des branchages fleuris.

Le revers est centré d’une large coquille polylobée flanquée de rameaux fleuris.

Les fonds sont plaqués d’amarante.

Il ouvre à un abattant revêtu au revers d’un cuir brun à bordée d’amarante découvrant un gradin à trois rangs de tiroirs disposés sur deux niveaux.

Les façades des tiroirs sont galbées.

L’ensemble est orné d’un décor de branchages fleuris en bois de bout sur fond de satiné dans un encadrement d’amarante.

Les six tiroirs sont en noyer et celui du bas à droite contient le nécessaire à écrire avec boîte à poudre, encrier et plumier, en laiton.

Le fond orné de la même marqueterie de bois de bout sur fond de satiné recèle deux compartiments secrets à caisson. Celui de droite s’ouvre en appuyant sur la vis centrale de la charnière du milieu. Pour ouvrir celui de gauche, il faut ouvrir le casier de droit, pousser la cloison centrale vers l’arrière du meuble et soulever un petit taquet tout en poussant le couvercle à glissière. Chaque caisson renferme deux larges tiroirs à façade galbée, le tout plaqué de satiné disposé en chevrons.

Le bureau est rehaussé d’une ornementation de bronze ciselé et doré :

La frise d’encadrement sur l’abattant est formée de rinceaux feuillagés, avec cartouche rocaille intégrant l’entrée de serrure en haut et une corbeille de fleurs en bas.

Frise d’encadrement à rinceaux feuillagés soulignant le plateau, magnifiques montures d’angle formées de palmes, ondes et rocailles, se prolongeant par des chutes feuillagées jusqu’aux sabots à rinceaux feuillagés ajourés.

Le bas de caisse, les arêtes des pieds et l’abattant sont soulignés d’un jonc.

Un bouton de tirage sur chaque tiroir et trois agrafes rocailles en bas de caisse (une devant et une de chaque côté) complètent la garniture de bronze doré.

Il repose sur quatre pieds galbés à cinq pans.

Bien que ne portant aucune marque ce bureau qui date des années 1745-55 fit très probablement partie des anciennes collections impériales russes. On ignore à quelle occasion il entra en Russie. A cette époque, les souverains se déplaçaient de résidence en résidence et leur mobilier les suivait. Le mobilier parisien était considéré, en Russie, comme le sommet du luxe et du raffinement.

Le catalogue de la vente du 12 juin 1973 dans lequel ce bureau a figuré évoque un cadeau de Louis XV à la Tsarine Elisabeth Petrovna, mais les dimensions de notre bureau ne correspondent pas à celle du secrétaire que le roi acheta au marchand mercier Thomas-Joachim Hébert pour 7255 livres et offrit à l’impératrice sur le conseil de son ambassadeur le marquis de La Chétardie, dans l’espoir de gagner son appui dans la guerre de succession d’Autriche.

Tout au long de son règne (1741-1762), l’impératrice Elisabeth, fille de Pierre le Grand, commanda de nombreux meubles pour les palais qu’elle fit construire ou réaménager à Saint-Pétersbourg. Ses proches l’imitèrent et l’on vit fleurir dans la capitale russe d’innombrables palais à la dernière mode, regorgeant de meubles français et de tableaux des meilleures écoles.

Le comte Mikhaïl Illarionovitch Vorontsov  (1714-1767), chancelier d’Elisabeth et très favorable à l’alliance avec la France fit un voyage en France en 1745, sous le nom de comte de Maslow, accompagné de sa femme Anna, cousine germaine d’Elisabeth. Il fut reçu par la reine à Versailles et Louis XV lui offrit des meubles et des tapisseries.

En 1758, il envoya à Paris son tapissier Corner pour y effectuer des achats destinés à son palais construit par Bartolomeo Rastrelli de 1749 à 1757.

Dans ses mémoires, la princesse Dashkov, nièce de Vorontsov, présidente de l’Académie des Sciences sous Catherine II témoigne de la politesse et l’élégance raffinée de la société qui fréquentait la maison de son oncle ainsi que du goût tout européen  qui avait présidé à son ameublement et à sa décoration, assez magnifique pour lui assigner à juste titre, le rang de résidence princière.

Les ambassadeurs de France se devaient aussi de se meubler avec faste et à leur départ ils revendaient l’ameublement qu’ils avaient apporté avec eux, ce qui fut aussi une source d’approvisionnement pour le marché russe.

Les ventes d’œuvres d’art par les Soviets.

Dès la fin des années 1920, l’échec économique patent des soviétiques, lié à l’effondrement des réserves en or de l’URSS, à la baisse de la production et à celle du prix des matières premières amenèrent les soviétiques à chercher de nouvelles sources de devises pour financer l’industrialisation et l’achat à l’étranger de bien d’équipement.

Il fut alors décidé de suivre l’exemple de la Convention qui avait procédé dès 1793 à des ventes massives d’œuvres d’art.

La vente d’œuvre d’art avait commencé dès l’arrivée au pouvoir des Bolchéviques  mais il fut alors décidé de l’intensifier.

Dès 1928, l’Antikvariat se chargea de la sélection, l’estimation et la dispersion des œuvres. Des œuvres majeures en provenance des collections impériales, des musées ou des spoliations révolutionnaires furent alors mises en vente par l’intermédiaire de maisons de vente aux enchères dont la maison Rudolph Lepke en Allemagne. D’autres ventes eurent lieu de gré à gré au profit de marchands  étrangers et de grands amateurs (dont Callouste Gulbenkian).

Estampille : GARNIER (François Garnier, actif de 1730 à 1774 ou Pierre Garnier, reçu Maître en 1742) et porte le poinçon JME de la Jurande des Menuisiers Ebénistes parisiens.

François et Pierre Garnier:

L’initiale de l’estampille étant quasi illisible, il est impossible de déterminer s’il s’agit d’un P ou d’un F. Lors de la vente Lepke, notre bureau fut attribué à François Garnier, alors que par la suite on l’attribua plutôt à son fils Pierre, dont la production est généralement beaucoup plus luxueuse que celle de son père dont l’estampille se rencontre très rarement.

Il semble aujourd’hui établi qu’un meuble aussi riche que notre bureau devrait être classé dans la production de Pierre Garnier (1720-1800), Maître en 1742, qui est l’un des meilleurs ébénistes de son temps et dont la production illustre l’évolution des styles du rocaille le plus pittoresque au néoclassicisme le plus pur. Il fut un des initiateurs du style « à la grecque ». Pierre Garnier, dont la production était à la fois riche et élégante a su très tôt fidéliser une clientèle choisie séduite par son talent. Le marquis de Contades lui commanda l’ameublement du château de Montgeoffroy et le frère de Madame de Pompadour, le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments, Jardins, Arts, Académies et Manufactures du Roi l’ameublement de son logement de fonction.

A son décès les Petites Affiches du II Germinal An VIII annoncèrent son décès en précisant à son endroit « tout éloge serait superflu ».

Des meubles portant l’estampille de Pierre Garnier sont l’orgueil des plus belles collections.

Epoque : Louis XV

Provenance :

• Probablement collections impériales russes  avant 1917 (vente des Soviets)

• Vente Rudolph Lepke Kunst-Auction-Haus Berlin, Kunstwerke aus den Beständen Leningrader Museen und Schlösser, deuxième partie, les 4 et 5 juin 1929, lot 200.

• Collection Founès, Vente Paris, Galerie Charpentier, le 27 juin 1935, lot 118, adjugé 35.100 Francs.

• Collection Bensimon

• Collection de M. et Mme G., vente Paris, Palais Galliera, le 12 juin 1973, lot 102.

Exposition :

« Grands ébénistes et menuisiers parisiens du XVIIIème siècle », décembre 1955-février 1956, Paris, Musée des Arts décoratifs.

Bibliographie :

• André Boutemy, « Les vraies formes du bureau dos d’âne », Connaissance des arts, N° 77, juillet 1958, pp. 38-43.

• Catalogue de l’exposition « Grands ébénistes et menuisiers parisiens du XVIIIème siècle », Paris, Musée des Arts décoratifs, décembre 1955-février 1956, N° 112, pl. XV.

Dimensions :

Haut.          91 cm.             3 ft.

Larg.         102 cm.             3 ft 4 in.

Prof.            56 cm.             1 ft 10 in.

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